SAINT-ÉLOI - partie II
Texte prévu en février 2007, ... livré avec à peine 1 mois de retard!

Qu'on ne s'étonne pas de voir Éloi envoyé par Dagobert en mission diplomatique : l'administration des Mérovingiens a toujours ignoré la spécialisation et les rois utilisaient les grands officiers à leur guise. Cependant, durant toute sa carrière, Eloi fut avant tout orfèvre et monétaire, et c'est dans ces 2 charges qu'il s'assura, au-dessus de tous ses collègues, une place éminente.

Sous les rois mérovingiens, la frappe des monnaies fut assurée essentiellement par les monétaires, qui apposaient leur signature aux monnaies qu'ils émettaient.
Sous les rois mérovingiens, la frappe des monnaies fut assurée essentiellement par les monétaires, qui apposaient leur signature aux monnaies qu'ils émettaient.
Les monétaires furent très nombreux, Eloi est le seul qui ait signé des monnaies du palais. Ils avaient l'habitude de graver leur signature en légende circulaire autour de la pièce, seul il la grava quelquefois dans le champ. Ses monnaies sont entre toutes remarquables par leur qualité. Tous ces indices invitent à penser qu'il a profité de sa situation de ministre du roi pour essayer de diriger et de surveiller la frappe des monnaies. Tentative sans lendemain, l'anarchie croissante après la mort de Dagobert ne pouvait que détruire une réforme dont l'intérêt échappa à ses barbares contemporains.
Ils ne ménagèrent pas, au contraire, leur admiration à ses travaux d'orfèvrerie. Son biographe y insiste:
"Il exécuta avec de l'or, de l'argent et des pierres précieuses beaucoup de tombeaux de saints, ceux de Germain, de Séverin, de Piat, de Quentin, de Lucien, de Geneviève, de Colombe, de Maximien, de Lolian, de Julien et de beaucoup d'autres encore. Mais surtout à Tours, aux frais du roi Dagobert, il couvrit le sépulcre du bienheureux Martin d'un ouvrage remarquable fait d'or et de gemmes; il décora de même avec élégance la tombe de saint Brice ainsi qu'une autre tombe où le corps du bienheureux Martin avait jadis reposé... Eloi exécuta en outre à Paris le mausolée du martyr saint Denis et au-dessus du marbre lui-même un ciborium d'un admirable travail, fait d'or et de pierres précieuses; il composa avec magnificence le fronton et les figures qui le décoraient, puis il recouvrit d'or les colonnes placées autour du trône de l'autel et il posa sur elles des ornements en forme de pomme, faits d'or et de pierres précieuses. Il recouvrit aussi d'argent, avec soin, le lutrin et les portes; quant au toit qui surmontait le trône de l'autel, il le fit supporter par des colonnes d'argent; il exécuta aussi un ciborium au-dessus de l'emplacement d'un tombeau antérieur et construisit en dehors un autel aux pieds du saint martyr; là, avec l'aide du roi, il exerça son art avec un tel talent qu'un pareil décor est presque unique en son genre dans les Gaules et qu'il fait jusqu'à ce jour l'admiration générale."
Malheureusement, aucun sarcophage mérovingien en métal décoré ne nous est parvenu, la récupération des métaux précieux a causé au cours des âges la perte de la presque totalité des oeuvres d'orfèvrerie mérovingiennes. En revanche, la popularité de saint Eloi a attiré sur son nom une foule d'objets divers, qui pour la plupart ne peuvent être attribués au 7ième siècle. Mentionnons quelques pièces du trésor de l'abbaye de Saint-Denis que les moines attribuaient à saint Eloi et qui sont aujourd'hui au Cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale. Le fameux "fauteuil de Dagobert" n'est sûrement pas de lui, la gondole de jaspe antique remontée à l'époque mérovingienne en orfèvrerie, non plus. Une plaque de verroterie cloisonnée présente au contraire un intérêt considérable : c'est un fragment de la grande croix qui surmonta l'autel de Saint Denis durant tout le Moyen Age et que l'on voit fort bien sur le tableau de la messe de Saint-Gilles; depuis l'auteur des "Gesta Dagoberti" au 9ième siècle, la tradition parle constamment de la "grande croix de saint Éloi" (elle avait près de 2 mètres de haut); sa facture la date indubitablement du 7ième siècle et, comme nous savons que saint Eloi a travaillé à Saint-Denis, on peut admettre son authenticité comme fort probable. On peut en dire autant du célèbre calice de l'abbaye de Chelles, disparu au cours de la Révolution , mais dont le souvenir nous a été conservé par des dessins.
Si diverses qu'elles fussent, les activités d'Éloi ne le détournaient pas de son idéal religieux. Au début de sa carrière, il s'était conformé à la coutume en s'habillant somptueusement, il abandonna tous les ornements superflus afin de garder de plus grandes disponibilités pour ses aumônes. Il portait cilice, emplissait sa demeure de reliques de saints. Parmi les oeuvres de miséricorde, il s'employait avec prédilection au rachat des prisonniers, que les armées franques victorieuses déversaient constamment sur les marchés d'esclaves de Gaule. Il en rachetait 20, 30 ou même 50 à la fois, Romains, Gaulois, Bretons, Maures, Saxons surtout. En leur rendant la liberté, il leur proposait de regagner leur patrie, d'entrer dans un monastère ou de rester près de lui. Plusieurs choisirent ce dernier parti et c'est parmi eux qu'il recruta la plupart de ses auxiliaires dévoués : son compatriote Baudericus, le Saxon Thille, le Suève Tituinus, le païen Buchinus, qui se convertit et devint abbé de Ferrières, André, Martin et Jean, qui furent élevés à la cléricature.
Gallebod et Vincent l'aidaient à ensevelir les suppliciés. Passant à Strasbourg, ils décrochèrent un homme pendu le jour même et s'apprêtaient à l'ensevelir quand Éloi s'aperçut qu'il vivait encore; il le ranima, écarta ses adversaires qui voulaient le reconduire à la potence, et obtint du roi une charte de sauvegarde en sa faveur.
Eloi avait reçu de Dagobert la villa de Solignac, à une dizaine de kilomètres au sud de Limoges (Haute-Vienne); il lui demanda "de pouvoir y construire une échelle par où ils pourraient l'un et l'autre monter au royaume du Ciel". Bientôt un monastère s'éleva qui compta jusqu'à 150 moines sous la direction d'un ancien de Luxeuil, Remacle, le futur fondateur de Stavelot-Malmédy (3 septembre). Eloi constitua le domaine par une charte datée du 22 novembre 632, en prescrivant de suivre, comme à Luxeuil, les Règles de saint Benoît et de saint Colomban, dont l'abbé devait surveiller l'observance.
En 633, Eloi, qui avait pensé transformer en hospice pour les voyageurs sa maison de Paris, y installa un monastère de vierges sous la direction de sainte Aurore (Aure, 4 octobre). Écrivant en 642, Jonas, le biographe de saint Colomban, eut soin de signaler ces 2 fondations qui s'insèrent dans le mouvement de renouveau monastique lancé par les moines Irlandais.
La sainteté d'Éloi était reconnue de tous; on lui attribuait des miracles : il avait, le jour de la fête de saint Denis, guéri un boiteux qui gisait contre le tombeau du martyr; près de l'église Saint-Germain à Paris, il avait rencontré un paralytique que ses serviteurs avaient descendu de son char et porté près du tombeau du saint où il avait recouvré l'usage de ses membres; le même miracle était arrivé à Gamaches (Eure); Éloi avait rendu vie à la main desséchée d'un mendiant qui ne pouvait recevoir une aumône, et multiplié le vin en le servant aux pauvres.